Près d'une personne sur quatre au Canada n'a pas les moyens de se nourrir adéquatement.
Les fermes ont du mal à garder la tête hors de l'eau.
Les petites entreprises ne peuvent pas rivaliser avec les grandes chaînes de supermarchés.
Les programmes de coupons nourriciers peuvent changer la donne.
Dignité
On peut faire ses courses où on veut et acheter les produits dont on a besoin, plutôt que de se contenter de ce qu'il y a à la banque alimentaire.
Communauté
Participant·e·s ont plus facilement accès aux marchés fermiers et aux petits commerces qui, autrement, pourraient leur sembler inaccessibles.
Durabilité
L'argent dépensé avec les coupons va directement aux producteurs, aux marchés locaux et à d'autres acteurs essentiels d'un système alimentaire résilient.
Comment ça marche ?
On reçoit des coupons
Les copupons sont distribués gratuitement aux familles en situation d'insécurité alimentaire, ou peuvent être achetés sous forme de chèques-cadeaux.
Ces bons sont distribués chaque mois par des organismes communautaires, des professionnels de santé et d'autres acteurs en contact direct avec les personnes qui en ont besoin.
On fait ses courses
Les bons peuvent être utilisés comme moyen de paiement pour acheter de la nourriture auprès des détaillants participants.
Ces détaillants — comme les marchés fermiers, les magasins communautaires et les petites entreprises locales — doivent répondre aux critères du programme.
Chaque programme a ses propres critères, adaptés aux besoins et à la réalité des communautés qu'il dessert.
Les commerces gagnent des clients
Les marchands participants sont rémunérés (en argent réel) pour les achats effectués avec les coupons.
Ils enregistrent plus de ventes, bénéficient d'une meilleure visibilité et touchent davantage de membres de la communauté qui, sans cela, n'auraient peut-être pas pu faire leurs achats chez eux.
Quelques exemples
BC Farmers' Market Nutrition Coupon Program
Une initiative en faveur d'une alimentation saine qui soutient les marchés fermiers et renforce la sécurité alimentaire dans toute la Colombie-Britannique. Les coupons peuvent être utilisés dans n'importe quel marché participant.
Opéré depuis 2007 par l'Association des marchés fermiers de Colombie-Britannique en collaboration avec des organisations partenaires locales, ce programme dessert aujourd'hui plus de 95 communautés et touche plus de 30 000 familles, personnes âgées et femmes enceintes dans plus de 12 000 ménages.
Carte proximité
Des cartes de paiement numériques distribuées par un réseau d'organismes communautaires et de partenaires du secteur de la santé à des ménages en situation d'insécurité alimentaire dans différentes régions de Québec. On peut utiliser les cartes dans des commerces alimentaires locaux accrédités, qui s'engagent à s'approvisionner en circuit court.
Géré par le Carrefour solidaire centre communautaire d'alimentation, le programme a distribué plus de 3 millions de dollars depuis son lancement en 2020.
Roots Community Markets
Roots Community Centre de Thunder Bay opère des marchés de produits frais en ville et en partenariat avec les communautés autochtones voisines. Il distribue également des cartes électroniques aux familles, rechargées chaque mois, qui peuvent être utilisées dans n'importe lequel de ses marchés.
Le programme distribue désormais 40 000 dollars par an et soutient le fonctionnement de marchés à but non lucratif dans des communautés isolées où il n'y a pas d'autres commerces alimentaires.
FAQ
D'où vient les fonds ?
Ce genre de programme peut être financé par les gouvernements provinciaux, fédéraux ou municipaux (notamment les ministères de la Santé), des fondations ou des contributions communautaires.
C'est une option idéale pour le financement public, car l'argent va directement aux personnes qui en ont besoin, tout en constituant un investissement secondaire dans les fermes locales, les petites entreprises et les commerces à but non lucratif.
Pourquoi ne pas simplement donner de l'argent aux gens sans aucune restriction ?
C'est une excellente idée ! Les programmes de transfert direct d'argent se sont révélés être une forme d'aide humanitaire très efficace selon le Programme alimentaire mondial, et le revenu de base universel pourrait considérablement améliorer la vie des Canadiens à un coût opérationnel très faible.
Les programmes locaux de coupons nourriciers complètent parfaitement les programmes d'argent sans restriction et les aides existantes importantes : ils ciblent spécifiquement les familles en situation d'insécurité alimentaire et soutiennent les économies et les systèmes alimentaires locaux.
Pourquoi ne pas simplement avoir plus de banques alimentaires à la place ?
Le modèle des banques alimentaires — où la nourriture donnée est distribuée aux personnes qui en ont besoin — est dépassé, indigne et inefficace. C'est un système où les personnes qui ont faim doivent se rendre dans des lieux spécifiques pour choisir parmi ce que le reste de la société ne veut pas manger.
Au Canada, la plupart de la nourriture des banques alimentaires provient en fait des supermarchés, qui bénéficient d'avantages fiscaux pour avoir donné leurs invendus.
Les coupons nourriciers sont dignes et efficaces. Ils permettent aux participant·e·s de faire leurs courses comme tout le monde, en achetant les aliments de qualité dont il·elle·s ont besoin et qu'il·elle·s veulent.
Les grandes chaînes de magasins ne sont-elles pas moins chères et plus répandues ?
Le Canada comptait autrefois de nombreuses chaînes d'épiceries et des magasins indépendants, mais aujourd'hui, cinq chaînes contrôlent 80 % du marché.
Ce quasi-monopole est masqué par des marques « concurrentes » qui appartiennent en réalité toutes à trois méga-entreprises. Ces entreprises, ainsi que quelques marques américaines, ont des moyens financiers considérables, dominent la chaîne d'approvisionnement et imposent des accords avantageux aux fournisseurs, rendant la concurrence impossible pour les petites entreprises.
Les programmes d'aide alimentaire qui ciblent les grandes chaînes en raison de leur accessibilité ne font que canaliser encore plus d'argent directement vers les entreprises qui enregistrent des bénéfices records tout en augmentant les prix et en maintenant les salaires stagnants.
Au contraire, les programmes de coupons nourriciers peuvent aider à soutenir les fermes et les petites entreprises — ils peuvent même financer la création de nouveaux magasins et marchés dans les zones qui en sont dépourvues, et constitueraient un complément idéal aux épiceries publiques.
L'argent ne devrait-il pas être réservé uniquement aux aliments sains ?
Identifier les « bons » aliments est difficile, tant sur le plan pratique qu'éthique. Tout le monde mérite l'autonomie de choisir son propre régime alimentaire, et un mode de vie parfaitement sain implique quelques indulgences.
Filtrer les produits admissibles à la caisse est peut-être techniquement possible, mais ce n'est pas simple, et on a du mal à imaginer que ce soit très digne pour les participant·e·s.
Les programmes de coupons nourriciers ont constaté que la meilleure approche consiste à ne s'associer qu'avec des commerces qui répondent aux besoins de leurs communautés à travers leurs modèles économiques et les produits qu'ils vendent.
Sources et plus d'infos
Comment cinq groupes d'épiceries ont accaparé le marché canadien (Radio-Canada)
"Il s'agit en fait d'un oligopole, parce que seuls cinq groupes se partagent plus des trois quarts du marché canadien des épiceries. ... Le Bureau a déterminé que les marges brutes des grands détaillants ont augmenté de manière quand même significative depuis 2017."
Aide alimentaire: en espèces et en vivres (Programme alimentaire mondial)
"Conformément aux Objectifs de développement durable, nous prenons en compte tant la qualité que la quantité des aliments, en mettant l'accent sur leurs qualités nutritionnelles et leur caractère saisonnier. Surtout, l'assistance alimentaire place les bénéficiaires en position d'acteurs : elle leur permet de se faire entendre et, dans la mesure du possible, de choisir les vivres qu'ils reçoivent et la manière dont ils les reçoivent."
Ontario Basic Income Pilot Project (Wikipedia [anglais])
"Les participant·e·s ont indiqué que leur alimentation s'était améliorée, que leur niveau de stress avait baissé, que leurs relations s'étaient améliorées et qu'ils avaient pu sortir de logements de qualité inférieure."
Comment des épiceries publiques pourraient fonctionner au Canada (IRIS)
"Les coûts annuels d'exploitation, en supposant que l'État prenne en charge la main-d'œuvre et les frais généraux comme le loyer, s'élèveraient à 290 millions de dollars supplémentaires — soit moins de la moitié du coût total du cycle de vie d'un seul avion de chasse F-35. Or, le Canada a récemment conclu une entente avec les États-Unis pour en acheter 88. ... Uune fois l'investissement initial modeste consacré au déploiement du réseau, chaque dollar investi annuellement par le gouvernement permettrait aux consommateurs canadiens d'économiser deux dollars."
La pauvreté et l'insécurité alimentaire au Canada (Droit à l'alimentation)
"Chaque jour au Canada, près d'une personne sur quatre s'inquiète pour son alimentation, fait des compromis sur la quantité et la qualité de ses aliments ou se prive de nourriture pour des raisons financières. L'insécurité alimentaire affecte de manière disproportionnée certains groupes, notamment les personnes autochtones et racisées, les personnes en situation de handicap, les immigrant·e·s, les locataires et les personnes célibataires âgées de 18 à 64 ans vivant seules."